En ex-Yougoslavie, les panneaux routiers et autres plaques de rue n'indiquent pas seulement une direction ou une adresse. Ils sont aussi les indicateurs d'enjeux ou de tensions politiques à l'oeuvre dans le territoire concerné. Souvenez-vous des tentative d'introduire le cyrillique dans l'espace public à Vukovar, objet d'un tollé absolu ! Ou encore des nombreuses débaptisations des noms de rue, remplaçant Tito, les Partisans et la Révolution par, selon le pays, les grands monarques serbes, les ténors de l'oustachisme ou de hauts dignitaires musulmans pas forcément fréquentables... Tout aussi indicatif est, à l'opposé, le maintien d'anciens noms ou appellations, Tito étant par exemple toujours discrètement honoré par quelques places et rues à son nom, ça et là, du Vardar au Triglav.
Autre indicateur de la météo sociopolitique locale, la dégradation des panneaux est un sport lui-aussi fort répandu. Il s'agit le plus souvent d'effacer la langue ou l'alphabet honnis : alphabet cyrillique dans certaines régions de Bosnie-Herzégovine, alphabet latin dans d'autres, alphabet latin en Serbie, panneaux en albanais ou en serbe, selon l'endroit, au Kosovo, hongrois en Voïvodine (on va justement y revenir).
